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Paul Biya et ses Actes
  

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VIVRE AUJOURD'HUI | 06 May 2008

Guillaume Tene Sop  : Paul Biya doit répondre des massacres de février
Le coordonnateur général de la campagne pour les prisonniers des émeutes en explique les enjeux.
  Propos recueillis par J.B Ketchateng 

Qui sont les organisateurs de cette campagne?
Il y a un "Comité – Freedom for Joe & Co" (ou Comité pour la Libération des prisonniers politiques au Cameroun) que nous avons créé avec un certain nombre de personnes dont l’écrivain Patrice Nganang. La campagne est appuyée par le Collectif des Organisations démocratiques et patriotiques de la diaspora camerounaise, le Code, dont une délégation s’est rendue à la Commission Européenne il y a trois semaines à Bruxelles, pour plaider la situation des droits humains au Cameroun.

En quoi consiste-t-elle? 
Les objectifs de cette campagne sont variés. Nous voulons contribuer à lever la chape de silence et briser la conspiration internationale du " ni vu, ni connu" qui entoure les tueries de fin février dans notre pays. Ce faisant, on va attirer l’attention mondiale sur les conditions inhumaines et cruelles dans lesquelles sont détenues les centaines de personnes arbitrairement arrêtées par les forces répressives du régime dictatorial lors du soulèvement populaire de février.
Un autre point c’est d’amener les organisations internationales de défense des droits humains, qui sont restées jusque là assez discrètes sur les graves évènements de février, de même que l’opinion internationale, à demander des comptes à Paul Biya et à son régime sur leurs crimes massifs de la fin février contre notre peuple en colère. Le but immédiat étant d’obtenir la libération de tous les prisonniers politiques c’est à dire de toutes ces personnes arrêtées dans le cadre du soulèvement populaire de février.
Nous allons aussi travailler avec divers milieux politiques et diplomatiques internationaux pour les rallier à notre exigence d’une Commission internationale d’enquête sur les massacres de février. Cette commission devra établir le bilan exact de la répression, situer les responsabilités des uns et des autres dans le massacre inacceptable des populations civiles non armées, afin que des poursuites judiciaires soient menées contre les commanditaires, les exécutants de ces crimes contre l’humanité. On a déjà quelques noms ; on sait que c’est le commandant N. N. (initiales, Ndlr) qui a massacré les jeunes à Bonabéri et que ce sont ses éléments qui ont ouvert le feu sur le pont du Wouri dans la matinée du 27 avril… La finalité de tout ce travail est de lutter contre l’impunité et surtout que Paul Biya et des assassins de notre peuple se retrouvent un jour devant le tribunal pénal international pour répondre de leurs crimes contre notre jeunesse et notre peuple. 

Justement que savez-vous des personnes tuées dans les soulèvements ?
Le 27 février, des gendarmes et des policiers ont pris en tenaille plusieurs centaines de manifestants sur le pont du Wouri et ont ouvert le feu pendant qu’un hélicoptère de l’armée pilonnait le pont à coup de grenades explosives et de gaz lacrymogènes. Il s’en est suivi un sauve qui peut et des dizaines de jeunes manifestants se sont jetés dans le Wouri, pour échapper aux tueries et certains ont carrément été jetés à l’eau par les forces de répression. Des dizaines de corps ont été repêchés dans le Wouri dans le courant du mois de mars par des pêcheurs… Le 28 février, au matin, notre camarade Tiwa Jacques a été froidement assassiné, à Douala, par un commando descendu d’un camion militaire, sans que nous sachions pourquoi. 

Au regard de la nature des revendications qui portent sur un sujet : la démocratie au Cameroun que les autorités jugent bien installée localement, n'était-il pas préférable de mener des actions ici?
Cette campagne est certes portée à l’international, mais elle se fait avec le soutien des organisations locales des droits de l’Homme comme l’Approce de Me Momo, la Mdhc de Mme Afité, la Ldl de Charlie Tchikanda, le Prodhop de Mme Ngo Mbe. Nous travaillons ensemble, pour relayer et amplifier au niveau mondial les actions de ces organisations locales, qui ont fait un excellent travail pendant la crise de février, ce qui leur vaut les persécutions et les menaces du gouvernement dictatorial. Le "Comité Freedom for Joe & Co", lance d’ailleurs un appel à tous nos compatriotes qui ont perdu des proches dans le soulèvement de février ou qui ont un des leurs en détention dans le cadre de ces évènements, à se rapprocher des organisations locales des droits humains pour se faire recenser.

En quoi une campagne internationale peut-elle être utile quand on sait l’attitude attentiste du monde occidental en général selon qu’il s’agit de tel ou tel pays?
Nous avons constaté que l’assassinat de plus d’une centaine de personnes n’a suscité aucune réaction vigoureuse de condamnation au niveau international comme c’est souvent le cas dans certains pays. L’écrivain Patrice Nganang, est allé distribué les prospectus de cette campagne dans une réunion internationale d’écrivains aux USA la semaine dernière et il s’est rendu compte que personne n’était au courant que l’on a massacré plus d’une centaine de personnes au Cameroun et que plus de 1000 autres sont en prison. Tout le monde est stupéfait par l’ampleur de ces massacres. Personne n’en était informé. 
Or si personne n’est informé comment voulez vous que les gens nous aident pour que le régime de Paul Biya soit isolé ?

Quand évaluerez-vous votre opération 
L’évaluation sera permanente afin de réajuster les stratégies, car c’est une campagne de longue haleine. Les mois à venir vont être extrêmement chauds. Vous verrez que dans les prochaines semaines des personnalités et institutions internationales que nous avons approchées, vont entrer en action dans le dossier Cameroun. 

Que ferez-vous si vous n'êtes pas entendus?
La Campagne internationale pour la libération des prisonniers politiques et son pendant qui est l’opération "Justice for the victims " ne sont que des aspects d’une stratégie plus globale que nous nous gardons d’évoquer ici.

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